Les maximes n’ont pas toujours la cote. Elles évoquent bien souvent la médiocrité et l’esprit paternaliste, simpliste, des phrases que l’on assène comme des vérités toutes faites, des préjugés prêts-à-porter qui semblent avoir pour seul objectif de briser les ardeurs de la jeunesse, de rompre les élans créatifs et critiques.

La maxime que je fréquente et celle que je cherche comme une pépite dans le foisonnement des impressions quotidiennes, c’est tout autre chose. Comme l’art dramatique, cette forme d’expression, écrit bref et condensé, jalonne l’histoire de l’humanité. D’emblée, elle est choisie par la philosophie antique pour exprimer sa quête de la sagesse. Les maximes d’Épicure fondent l’enseignement de ce qu’on appellera le stoïcisme qui nous apprend que la maîtrise de ses passions, de ses désirs est un palier indispensable à la tranquillité de l’âme, il nous évite le sentiment de frustration ou la quête d’une ivresse stérile. Marc Aurèle poursuivra cette démarche dans le monde romain en l’orientant vers l’action sociale, seul moyen de trouver un sens à notre présence au monde.

Dans la littérature française, La Bruyère, et surtout La Rochefoucauld, vont codifier la langue classique que l’on connaît aujourd’hui. Par leur critique de l’amour-propre et de l’orgueil tout-puissant qui tire chacun d’entre nous comme les fils d’un pantin, ils ouvrent ce que l’on appellera l’ère du soupçon qui nous apprend que c’est d’abord de soi-même et de ses pulsions égoïstes et destructrices que l’on doit se méfier. L’intensité des maximes de La Rochefoucauld est telle que sa critique fera mouche et se prolongera jusqu’à Freud qui théorisera ses principes avec la psychanalyse.

Véliko Tarnovo, août 2009

Mais elle se prolonge aussi au XVIIIe siècle où la philosophie des Lumières critiquera pour les faire tomber la violence des ordres établis et la sclérose de la société féodale ; elle rendra ainsi possible l’émancipation des citoyens. La forme des maximes sera adoptée par Voltaire comme par Diderot qui osera affronter, grâce à leur puissance, les dévots de son temps.

Les ressources de la maxime paraissent inépuisables. Au XXe siècle, alors que la poésie n’en finit plus de se déconstruire, d’abord avec le dadaïsme ensuite avec le surréalisme, René Char ou encore Henri Michaux trouvent en elle la possibilité de découvertes inédites. Ils ont perdu les rimes mais développent de nouvelles assonances, explorent de nouveaux mystères, de nouvelles métaphores qu’ils expriment de manière spectaculaire.

Avant de me lancer dans l’écriture des quelque 1500 maximes publiées aux éditions du Livre unique, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire celles des autres. Force est de reconnaître qu’elles sont bien commodes quand le travail ne nous laisse plus le temps de rien : il suffit de quelques minutes d’attention pour en lire une, et de quelques heures seulement pour découvrir un panorama de toute l’histoire de la philosophie.

Dans un univers incertain, que l’on comprend difficilement, dont la cruauté s’exprime à chaque instant, j’ai trouvé souvent du réconfort en découvrant les vérités éternelles révélées par d’autres, ou en partageant un sentiment de colère ou de révolte exprimé soudainement en quelques mots. Aujourd’hui encore, je goûte tout le plaisir de voir la poésie se perpétuer grâce à elles.

Voilà un genre littéraire dont les potentialités semblent infinies et dont la mémoire nous entraîne aux origines de l’humanité.

C’est pour toutes ces raisons que je vous propose de découvrir les Maximes contemporaines grâce au site internet que vous consultez et qui en offre quelques exemples.